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Lettre n° 7 - Prenons soin les uns des autres - 19 avril 2020

Lettre n° 7 - Prenons soin les uns des autres - 19 avril 2020

PNG Chers paroissiens,
Chers frères et amis,

La fin du mois d’avril est, cette année, marquée par des moments forts, qui nous invitent à la réflexion, à la prière et à la solidarité avec nos frères non catholiques. Trois dates importantes vont en effet rythmer la semaine à venir :

  • le 23 avril, début du Ramadan pour nos frères musulmans ;
  • le 24 avril, première Journée nationale de commémoration du Génocide arménien
  • le 26 avril, Journée nationale du Souvenir des Déportés.

Si ces trois événements paraissent bien loin de nos préoccupations actuelles, en cette période grave de pandémie, ils nous sont pourtant offerts comme un moment privilégié de méditation, si nous voulons bien nous y attarder quelque peu. Ils sont là en effet pour nous aider à réfléchir en profondeur sur notre humanité, sur le sens de la vie et de la mort, sur la façon de nous relever après l’épreuve, sur l’importance enfin du souvenir pour construire la société à laquelle nous aspirons, en tant que chrétiens.

Commémoration du génocide arménien

Permettez-moi donc de vous dire quelques mots sur la commémoration prochaine du génocide arménien. En effet, le 24 avril 2020 devait être la première commémoration nationale, voulue par le Président de la République Emmanuel Macron, en application du décret du 10 avril 2019. Rappelons-nous. En 1915, les Arméniens de l’Empire ottoman sont victimes d’un terrible génocide, qui fait entre 800 000 et 1,5 million de disparus, soit 40 à 75 % de la communauté totale. Parce que chrétiens dans un pays musulman, parce que minoritaires dans un pays au gouvernement autoritaire, ces hommes et ces femmes sont persécutés, avec leur foi, leur culture et leurs traditions, héritières d’une culture trimillénaire. Les survivants constituent alors une diaspora de quelque 7 millions d’individus, à la recherche d’une terre d’accueil, de tolérance et d’écoute. Nombre d’entre eux trouveront en France cette terre promise. Tout près de chez nous, à Alfortville surnommée « la petite Arménie », vivent aujourd’hui plusieurs milliers d’Arméniens (environ 7 000). Ils y possèdent deux églises, l’une édifiée dès 1930 et un collège franco-arménien Kévork-Arabian. Place de L’Europe, se dresse le buste en bronze de saint-Mesrop (+439), l’inventeur de l’alphabet arménien, buste inauguré en septembre 2015. A L’Haÿ aussi, nous avons une petite communauté arménienne, fière de ses origines et de sa culture chrétienne.

De fait, l’Arménie est l’une des premières terres chrétiennes au monde. Dès le 1er siècle après J.C., les apôtres Barthélémy et Thadée introduisent le christianisme sur cette terre orientale, dominée par le zoroastrisme et le paganisme. En 301, le pays est le premier à adopter le christianisme comme religion officielle, avec la conversion du roi Tiridate IV. Cela avant même l’important édit de Milan de 313, proclamé par l’empereur Constantin, qui met un terme, dans l’empire romain, aux persécutions envers les chrétiens. L’Eglise arménienne ainsi s’enracine et développe un patrimoine religieux remarquable, tant par ses églises que ses écrits. Ce petit pays est jusqu’au début du 20ème siècle un foyer vivant du christianisme oriental. Jusqu’au jour où le génocide perpétué par les Turcs brise le peuple et son histoire à jamais. Des témoignages poignants comme celui de Fethiye CETIN, dans son ouvrage « Le livre de ma grand-mère » (éd. de L’Aube poche, 2008), nous invite à ne pas oublier ce drame humain et religieux. Je vous incite vraiment, en cette période de confinement, à découvrir ce petit livre. La commémoration nationale du 24 avril prochain rejoint cette démarche voulue de « non oubli ».

Mais que tirer, pour nous catholiques, de cette page d’histoire ? Tout d’abord, le génocide de 1915 nous rappelle combien le christianisme a vécu d’épreuves au cours de l’histoire. La survivance de cette communauté arménienne vivante, au-delà du génocide, montre aussi combien la foi peut triompher de la mort, peut résister et continuer à s’exprimer à travers et au lendemain de l’épreuve. La solidarité des peuples, le partage de notre prière, le « prenons soin les uns des autres », hier comme aujourd’hui, nous rappellent que, dans des circonstances difficiles, nous devons garder espoir, force et confiance au Seigneur pour bâtir un nouvel avenir. Les Arméniens y ont cru ; ils ont fondé leur deuil et leur espérance sur une nouvelle vie d’Eglise.

Quant à nous, dans quelques semaines, après le confinement, nous devrons aussi bâtir un nouvel avenir d’Eglise, une nouvelle vie paroissiale, de nouveaux projets, auxquels nous réfléchissons dès à présent au sein de l’EAP. Dans quelques semaines, nous allons partager avec des milliers de chrétiens derrière leur écran de télévision, une messe d’espoir et de réconfort, sans pour autant oublier nos douleurs, nos peines et nos doutes. Nous allons continuer à bâtir notre Eglise, là où nous sommes, avec les moyens qui seront les nôtres, réduits assurément, fragiles encore mais nous serons là, debout, pour dire que toute épreuve est un passage. De la même façon que notre pays va commémorer discrètement cette année le génocide arménien, nous allons commémorer, c’est-à-dire faire mémoire ensemble de ce temps vécu d’épreuve. Nous allons faire mémoire de nos morts, de nos deuils, de nos difficultés peut-être à vivre et à remonter la pente. C’est ainsi. « Je n’oublie pas que je suis homme » disait en pleurant le grand saint Bernard, au lendemain de la disparition de son frère aimé. Oui, nous sommes des hommes avec nos fragilités et nos peines mais nous sommes des hommes aimés de Dieu. Les Arméniens, victimes du génocide de 1915, l’ont compris et continuent aujourd’hui à aller de l’avant et à faire vivre leur Eglise, sans oublier de rappeler leur histoire et de célébrer ensemble leur mémoire. Cette mémoire collective est importante car le témoignage d’un chemin parcouru… mais aussi celle d’un chemin à tracer demain.

Demain, un chemin d’espérance

Je voudrais à présent terminer ces quelques mots par un extrait du livre du pape François, intitulé « Amour, Service et Humilité » (2013) : « La mémoire des peuples n’est pas un disque dur d’ordinateur mais un cœur […] La mémoire est une force d’unification et d’intégration. Ainsi, quand les relations entre les personnes se délitent, il n’y a plus que la mémoire pour être le ciment des familles ou des peuples. [...] La mémoire de l’Eglise rejoint dès lors la mémoire de l’humanité, dans cet éternel recommencement qu’est le face à face entre la vie et la mort, entre l’espérance et la nuit, face à face exprimé dans la Passion du Christ. Chaque homme, chaque peuple avance à travers le prisme de ce face à face, qui devient alors son intimité, son histoire et sa vie. Oublier cette histoire, c’est mourir et désespérer, c’est laisser le mal gagner l’humanité. « Souviens-toi de tout le chemin que Yahwé ton Dieu t’a fait faire » (Deut.8, 2) ».
Oui, notre chemin n’est pas fini. Il est devant nous, chemin d’espérance et de foi, avec les épreuves traversées, pour mieux les dépasser et avancer, en pensant à toute l’humanité. Comme l’a dit le pape François : « La mémoire de l’Eglise rejoint la mémoire de l’humanité ».

Aussi, plus que jamais aujourd’hui, pensons à nos frères musulmans, qui s’engagent sur le chemin du Ramadan, dans la joie du recueillement et de la solidarité. Pensons à tous les déportés de la Seconde Guerre mondiale, qui seront honorés dans quelques jours le 26 avril, les victimes comme les rescapés aujourd’hui très âgés et qui sont nombreux, malheureusement, à décéder du coronavirus. Pensons à nos frères chrétiens d’Arménie qui commémorent le génocide de 1915 et qui nous montrent le chemin de la survivance et de l’espérance.

Pour tous ces hommes et ces femmes, prions humblement et sincèrement cette semaine car ce sont nos frères en humanité. Partageons leur histoire et leur mémoire.

Prions bien sûr aussi pour tous nos malades, nos mourants et leurs proches, pour toutes les familles en deuil qui ont besoin, plus que jamais, de notre espérance et de notre solidarité. Prions tout particulièrement pour notre frère Donat. Vivons en vérité ce « Prenons soin les uns des autres. « 
Croyons avec confiance à notre chemin d’avenir pour notre Eglise, pour notre paroisse, pour notre communauté et pour notre humanité.

Fraternellement et en union de prière avec tous.
Sophie HASQUENOPH
Vice-présidente de l’EAP.